Anghiari, ou la bataille perdue de vue

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Anghiari, ou la bataille perdue de vue
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Léonard de Vinci a laissé beaucoup d’œuvres inachevées.
La Bataille d’Anghiari, commencée vers 1505, et qui devait orner la salle des Cinq-cents du Palazzio Vecchio de Florence est l’une d’elles.

La bataille d’Anghiari se déroule en Toscane, en 1440, et oppose les Florentins aux Milanais. Elle marque l’épisode final de la guerre entre les deux partis.
Florence l’emporte et gagne son indépendance.
Principalement, il s’agit d’une bataille de cavalerie.
Elle a lieu sur un pont étroit. On peut imaginer l’affreuse mêlée dont ce petit pont est le théâtre.
Mais, elle ne fait, selon les sources, qu’entre 1 et 60 morts.
Divisons donc par 10 la possibilité d’y pouvoir accomplir des gestes d’épée, et multiplions par autant la densité de joues au centimètre carré.
Les morts l’ont certainement été par étouffement. (1)

Zuleika Bladsczyck-Radziwill, La Bataille d’Anghiari II, détail, 2018

Ce fut une bataille décisive mais sans place et sans espace, où les chevaux ont marché sur les chevaux.
Elle n’en aura pas davantage une fois peinte – ou plutôt ébauchée -, car l’œuvre a depuis disparu.

Léonard de Vinci en a peint seulement une partie, la scène centrale, La Lutte pour l’Étendard.
Cette scène est restée visible pendant soixante ans à Florence. On l’appelait L’école du monde, pour dire sa beauté et l’enseignement qu’on pouvait en recevoir.
Elle a ensuite été détruite ou cachée, vers 1563 par Giorgio Vasari (2), lors de la réalisation de nouvelles fresques commandées par Cosme 1er.

Cachée ? Oui. Sous la nouvelle œuvre, actuellement présente, existerait encore, dans un espace que Vasari, respectueux, aurait pris soin de lui laisser pour ne pas avoir à la détruire, l’œuvre de Léonard. Dans la salle des cinq-cents, sur la fresque de Vasari nommée « La tour de Saint-Vincent », on peut lire cette phrase « [Chi] cerca trova » : qui cherche trouve.

Depuis des siècles cette fresque du maître Florentin exerce une fascination en creux sur l’imaginaire des peintres et des historiens.
À quoi a pu ressembler son motif central ? À quoi aurait-elle dû ressembler finie ?
La Bataille d’Anghiari aurait dû être le plus grand chef-d’œuvre de Léonard de Vinci !
Bien sûr, tant qu’on ne peut pas le vérifier, autant le clamer haut et fort.

Sauf que, voilà.

Il en existait des études préparatoires faites par Léonard, et un carton de l’œuvre entière.
Seuls quelques dessins de détails existent encore.


Léonard de Vinci, études pour La Bataille d’Anghiari, vers 1505

Ce que nous connaissons aujourd’hui de la Lutte pour l’Étendard est le fruit de copies de copies.
L’une des plus fameuses a été réalisée par Rubens en 1603.

Rubens, La Bataille d’Anghiari, 1603.

Mais alors pourquoi ?

Pourquoi est-il si important de tenter de peindre, ou décliner, une œuvre aussi hypothétique, dont il ne reste rien de sûr ?
Un trésor demeure probablement un trésor. Qu’il existe ou qu’il n’existe plus.

Concernant la Bataille, nous en conservons le mythe.
Un mythe quand même.
Ce n’est déjà pas si mal.

AMP

(1) Machiavel : « dans un combat si acharné qu’il dura quatre heures entières, il n’y eut de tué qu’un seul homme, qui, encore, ne périt pas par le fer ennemi ou par aucun coup honorable, mais qui tomba de cheval et fut foulé aux pieds des chevaux« .
(2) Giorgio Vasari, 1511-1574, peintre, architecte et écrivain Toscan.

Zuleika Bladsczyck-Radziwill, La Bataille d’Anghiari I, 145 x 215 cm, 2018

Zuleika Bladsczyck-Radziwill, La Bataille d’Anghiari II, 300 x 215 cm, et détail, 2018

Le format de la version II de la Bataille d’Anghiari de Zuleika (300 x 215 cm) ne me permet pas pour le moment de la photographier en conditions studio.