Paroles de traits

Actualités, Dessins, Les Articles
Paroles de traits
Votez pour cet article

Le travail au fusain est un exercice très exigeant. Et il n’accepte pas l’erreur.
Le geste doit être sûr, la main doit savoir.
Le projet aura été longuement retenu et pensé avant que le charbon touche la toile. Le dessin doit s’accomplir sans que le corps trébuche.
Si vous avez besoin de corriger trois fois votre dessin, vous savez que vous l’avez raté, disait Picasso.

Au fusain, il est impossible de cacher un trait qui s’est égaré.
Avec la peinture vous pouvez souvent corriger, reprendre, masquer, et finalement parvenir à rejoindre l’expression que vous cherchiez, différemment de la façon que vous pensiez.
Avec le charbon, le corps doit être prêt avant de commencer, et le rester jusqu’à la fin.
C’est à vous d’imposer que votre geste exécute d’instinct votre idée.

L’exercice est difficile. L’artiste s’y risque, il sait que ses faiblesses pourraient lui échapper, mais il accepte l’épreuve.
Il peut ou il ne peut pas. Des années sont parfois nécessaires avant qu’il ose.
Quand le spectateur sait avec quelle économie de gestes a été composée l’œuvre qui lui parvient, alors, tous deux, artiste et spectateur, ne sont jamais plus proches l’un de l’autre.

Le temps nécessaire au dessin, puisqu’il s’agit d’une écriture, se doit d’être restreint.
Quelques minutes, pas plus.
Sept pour celui-ci :

Nu – Zuleika Bladsczyck-Radziwill – 220 x 100 cm – 2018

Quand il est réussi, le résultat est d’une très belle simplicité. Noir sur blanc, comme une phrase pour l’œil.
Le trait prend la parole. Ce qui est dit l’est pour la première fois. Et pour la dernière fois aussi.
Il s’agit d’un très difficile exercice de clarté, y compris dans les ombres.

Ce qui n’est pas visible n’avait pas besoin d’exister.

AMP