L’enfant qui s’ennuyait dans le musée des perroquets

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L’enfant qui s’ennuyait dans le musée des perroquets
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Du temps des grandes découvertes, des marins, de retour des confins du monde où ils avaient risqué leur vie, faisaient à des foules sidérées le récit de leurs aventures.  Ils racontaient qu’après les mers il existait un autre monde. Ceux qui les écoutaient en éprouvaient à la fois crainte et émerveillement.

Ces pays, probablement, existaient bel et bien, mais ce qu’on en disait…
À n’avoir que les dires de ces navigateurs, il était difficile de se faire une idée précise de ces étranges contrées.
L’un d’eux n’a-t-il pas dit de cette nouvelle terre qu’il n’y avait vu, hormis les perroquets, aucun animal d’aucune sorte ?

Bien des siècles plus tard, de plus en plus de musées et de lieux d’expositions se proposeront « d’initier le regard des enfants« , en leur proposant des activités qualifiées de ludiques, sous forme d’ateliers ou de parcours, destinés à « éveiller leur intérêt pour les pratiques plastiques« , « stimuler leur curiosité« , « développer leur imagination« .

En marge de « l’Exposition Principale » ou parfois de manière complètement indépendante de celle-ci, il s’agira d’offrir à l’enfant un espace pour découvrir « le plaisir de faire » et lui permettre d’expérimenter « un moment de créativité« .

Ces initiatives seront certainement louables, toute initiation est précieuse, mais, lorsqu’il s’agit, sous prétexte d’éviter que l’enfant ne s’ennuie durant la visite, de le détourner d’observer, avec ses yeux à lui, les œuvres , par conséquent devenues comme exclusivement dédiées aux adultes, il y a peut-être des questions à se poser.

Au XVI ème siècle personne ne décidait de s’embarquer sur une caravelle pour constater soi-même si oui ou non les perroquets… Mieux valait faire comme si on était bien informé.

Comment savons-nous si telle ou telle œuvre « parle » à un enfant ou non ? Comprenons-nous toujours tant, nous-même, ce que nous regardons ?
Avons-nous raison de couper le lien direct qui peut avoir une chance de s’établir entre l’artiste et son jeune public ?

Je me souviens de m’être retrouvé dans ma jeunesse face à « Day and Night » de Max Ernst. Une œuvre assurément « pas de mon âge ».

Je m’en souviens encore. Et s’il avait fallu que l’on m’entraîne dans un atelier ludique où j’aurais appris à dessiner des fenêtres sur le jour et la nuit, je crois que je ne m’en serais jamais souvenu.

Nous n’avons pas assez confiance dans le regard et dans l’intelligence des enfants.
Cette part du monde que l’artiste exprime est aussi la leur.

Ainsi que Zuleika ne manque pas de le faire à chacune de ses expositions, l’artiste peut choisir de faire un pas vers eux, en réalisant une ou deux œuvres, d’un certain point de vue plus accessibles, pour les remercier.

Le regard d’un enfant est plein de secrets, de justesse et de mémoire. Il voit parfois ce que l’artiste lui-même n’a pas vu.
Comme autre chose que des perroquets.

Il est important de conserver la relation directe entre l’œuvre et son public, tout son public.
Aucune distraction n’est souhaitable.

C’est de partage et de communication entre nous tous dont il est aussi question, et pas seulement d’art, d’histoire de l’art ou de technique.

Les enfants n’ont pas plus de raisons que nous de s’ennuyer dans un musée ou une exposition, ils ont probablement les mêmes.

AMP