Héloïse et Abélard

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Cela fait 900 ans que ces deux-là s’aiment.
Et dans 1000 ans cela fera 1900 ans.
Dans 3000 ans, 3900 ans.
Rien ne peut plus les séparer.

Pierre Abélard meurt le 21 avril 1142 à l’âge de 62 ans.
Héloïse lui survivra 22 ans.
Lorsqu’elle s’éteint, le 16 mai 1164, elle a plus de 70 ans.
Leur étreinte passionnelle n’a duré que quatre ans, de 1113 à 1117.
Pierre avait 34 ans, et Héloïse 21 ans.

Mais qu’est-ce que la mort pour ces deux-là ?
En vie, l’amour leur a déjà tout pris.

Héloïse et Abélard, c’était d’abord deux esprits rares. Ils se rencontrèrent chez le chanoine Fulbert, l’oncle d’Héloïse. Abélard fut choisi pour être son précepteur.
La notoriété d’Héloïse était déjà grande malgré son jeune âge, elle fut la première femme à suivre un enseignement réservé aux hommes.
Abélard, intellectuel brillant et renommé, espèce de punk avant l’heure, nourrissait, bien qu’ecclésiaste, des intentions peu catholiques en parvenant à s’approcher de cette jeune femme prodige dont tout Paris parlait. Mais rien ne se passa comme il l’avait imaginé.

L’amour entreprit son ravage. De seuls, ils devinrent deux, et ne formèrent plus qu’un.

Après quelques années, leur relation secrète fut découverte et le scandale éclata. Un enfant naquit et leur mariage dut être consacré.
Plus tard, Fulbert, bête comme ses pieds, fit émasculer Abélard.

Les deux amants se retirèrent du monde.
Abelard devint moine et Héloïse abbesse.

Séparés, jamais, pourtant, il ne cessèrent de s’aimer et de se protéger.

Elle ne voulait pas du mariage. Elle ne s’y résigna que pour offrir à Abélard une nouvelle chance de carrière.
Héloïse savait que seul l’amour valait.
Elle se savait l’égale des hommes.
Sa modernité et son intelligence sont incroyables.
Héloïse fut extraordinaire.

AMP

Héloïse et Abélard, Peinture, 210 x 160 cm, Zuleika Bladsczyck-Radziwill

 

« Vous demandez, ô mon bien suprême, si quelque accident met fin à votre vie loin de nous, vous demandez que nous fassions transporter votre corps à notre cimetière, afin que l’incessante présence de votre souvenir vous assure un plus riche trésor de prières. Pensez-vous donc que votre souvenir puisse jamais nous quitter ? Sera-ce d’ailleurs le moment de prier, lorsque le bouleversement de notre âme nous aura ravi tout repos ? lorsque notre âme aura perdu le sentiment de la raison, notre langue, l’usage de la parole ? lorsque notre cœur en délire et soulevé, pour ainsi dire, contre Dieu lui-même, bien loin de se résigner, sera moins disposé à l’apaiser par ses prières qu’à l’irriter par ses plaintes ? Pleurer, voilà tout ce que nous pourrons faire dans notre infortune ; prier, nous ne saurons. Nous songerons bien plutôt à vous suivre sans retard qu’à pourvoir à votre sépulture ; nous serons bonnes à être enterrées nous-mêmes avec vous plutôt qu’à vous enterrer. En vous, nous aurons perdu notre vie ; sans vous, nous ne pourrons plus vivre. Ah ! puissions-nous même ne pas vivre jusque-là ! La seule pensée de votre mort est déjà pour nous une sorte de mort ; que sera-ce donc, si la réalité de cette mort nous trouve encore vivantes ? Non, Dieu ne permettra jamais que nous vous survivions pour vous rendre ce devoir, pour vous prêter cette assistance que nous attendons de vous comme un dernier service. C’est à nous, et fasse le ciel qu’il en soit ainsi, c’est à nous de vous précéder, non de vous suivre. Ménagez-nous donc, je vous en supplie, ménagez du moins celle pour qui vous êtes tout. Trêve de ces mots qui nous percent le cœur comme des glaives de mort et qui nous font une agonie plus douloureuse que la mort même.« (1)

C’est pourtant ce qui se produisit. Héloïse s’arrangea pour faire dérober la dépouille d’Abélard afin de l’inhumer dans le cimetière de l’abbaye du Paraclet où elle s’était retirée.
Les deux amants sont aujourd’hui réunis au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

(1) »Lettres des deux amants », lettre quatrième, réponse d’Héloïse à Abélard