L’instant de Velázquez

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« Las Meninas » de Diego Velázquez a été peint en 1656. Il y a donc plus de 360 ans. Cette œuvre, la plus célèbre du grand peintre Madrilène, compte parmi les plus envoûtantes de la peinture mondiale.


Abondamment commentée et analysée au cours des siècles, il demeurera cependant toujours une part d’elle qui échappera aux mots. L’œuvre possède un ingrédient particulier qui n’appartient qu’à la peinture et à ce que l’œil voit. Un secret.

À observer les personnages de l’œuvre, le temps s’est comme arrêté. Il est rempli d’interrogations pour certains, d’insouciance, de doute, de devoir, de jeu, de rêverie, de préoccupations, de curiosité pour d’autres. Même le chien en exprime quelque chose.

Le temps des Ménines n’appartient pas totalement au passé. Il est facile de le croire toujours d’actualité.

Il n’y a pas exactement de scène, c’est à dire pas de drame, pas d’action ni d’immobilité conventionnels. Nous sommes hors du « tableau » et dans le même temps nous ne sommes que dans le tableau.
Velázquez, qui se représente lui-même à la tâche, tient son pinceau suspendu, ne peignant paradoxalement plus le tableau que nous pouvons supposer être celui que nous regardons (1). Ou le peignant avec toute la subtilité qu’exige son sujet, car le touchant si peu (2).

Il n’est pas surprenant que le peintre d’aujourd’hui, comme Pablo Picasso l’a fait en 1957 (en 58 variantes) ou Salvador Dali en 1976, parte à la découverte de la connaissance particulière que cette œuvre majeure recèle. Un savoir ou une sagesse qui, en tant que peintre, lui est peut-être directement destiné.

Puisque c’est en faisant que l’on découvre et qu’on comprend, il y a mille raisons de varier l’œuvre « Les Ménines ».
Davantage qu’à quiconque c’est peut-être à l’artiste d’essayer de s’en approprier la force.

AMP

 

(1) Même si l’analyse des perspectives montre que l’image qui se reflète dans le miroir du fond correspond davantage au reflet de la toile que le peintre a devant lui, plutôt qu’au couple royal, vers qui les regards sont tournés et censé se trouver à la place d’où nous regardons l’œuvre.

(2) Selon Michel Foucault, et en le résumant, « Les Ménines » défend une idée moderne de l’Homme. Ce dernier apparaît à présent « où pendant longtemps [à l’époque classique] sa présence réelle fut exclue« , avec « sa position ambiguë d’objet pour un savoir et de sujet qui connaît« .

Montage réalisé à partir des œuvres de la série « Ménines ».

Série « Ménines« , Zuleika Bladsczyck-Radziwill, 2016

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